En 1859, une nouvelle ligne de chemin de fer part d’une gare installée place de la Bastille et file vers Vincennes et les villages de la Marne. Pour dégager les rues du faubourg, elle quitte la ville sur un long viaduc de brique et de pierre, le long de ce qui deviendra l’avenue Daumesnil, avant de plonger en tranchées et en tunnels. Pendant un siècle, elle fait la navette avec la banlieue. La ligne ferme en 1969 ; sa partie est passe au RER, et la gare de la Bastille finit démolie pour faire place à l’Opéra.
Reste un ruban de terrain ferroviaire de quelques kilomètres, à moitié suspendu. À partir de 1988, le paysagiste Jacques Vergely et l’architecte Philippe Mathieux en font une promenade-jardin continue, ouverte en 1993 : allée plantée au sommet du viaduc, puis passerelles, tunnels, tranchées et chapelet de jardins au sol, sur quelque quatre kilomètres et demi jusqu’à la limite de la ville. On la présente comme le premier jardin jamais aménagé sur un viaduc ferroviaire, et la High Line de New York, ouverte en 2009, s’en est inspirée.
Dessous, les arches du viaduc sont restaurées à partir de 1989 par l’architecte Patrick Berger, qui ferme chacune d’une haute verrière. Le Viaduc des arts, comme on l’appelle désormais, abrite une quarantaine d’artisans d’art, de la mode à la décoration et à la joaillerie, dont beaucoup travaillent sous les yeux des passants.
La promenade prend en 2013 le nom de René Dumont, l’agronome qui fut en 1974 le premier candidat écologiste à l’élection présidentielle. Ses plantations mêlent volontairement le cultivé et le sauvage : massifs dessinés sur le viaduc, coquelicots et liserons venus avec le chemin de fer, et dans les tunnels des chauves-souris, surtout des pipistrelles communes, qui y passent l’hiver. D’en haut, on voit le 12e à hauteur de premier étage : jardinières, fenêtres de cuisine et, sur le commissariat du 80 avenue Daumesnil, une rangée de géants copiés de Michel-Ange.
À regarder
- Les arches vitrées du Viaduc des arts, avenue Daumesnil, et les ateliers derrière les verrières.
- Les tunnels et tranchées plus à l’est, où la promenade descend sous le niveau de la rue.
- Coquelicots et liserons sauvages, héritiers de la flore du chemin de fer.
- Face au viaduc, le commissariat du 80 avenue Daumesnil, dont les derniers étages alignent des copies de l’Esclave mourant de Michel-Ange, voulues par l’architecte Manuel Núñez Yanowsky vers 1991.

Chronologie
- 1859Ouverture de la ligne de Vincennes depuis la Bastille
- 1969Fermeture de la ligne
- 1988Début de l’aménagement (Vergely et Mathieux)
- 1989Début de la réhabilitation des arches (Patrick Berger)
- 1993Inauguration de la promenade plantée
- 2013Rebaptisée coulée verte René-Dumont
Plaques à moins de 250 m
- 45 Rue De Lyon · 50 m
DEVANT CET IMMEUBLE / MARCEL HAUVILLE, 21 ANS /EXTERNE DES HÔPITAUX / MEDECIN DU POSTE F.F.I. DU IVe ARRT / MATHIEU KERVELLA, 26 ANS / CONTRÔLEUR DES DOUANES / SECOURISTE DU POSTE F.F.I. DU IVe ARRT / SONT MORTS POUR LA France / 20 Août 1944
- 3 Rue Mathurin Moreau · 120 m
Alors que l’Exposition coloniale internationale et des pays d’Outre-Mer ouvre ses portes en 1931 dans le bois de Vincennes, un Manifeste des intellectuels surréalistes, proches de la gauche communiste et anticolonialiste, intitulé « Ne visitez pas l’Exposition coloniale », dénonce les fastes coloniaux de Vincennes. Le 19 septembre 1931, avenue Mathurin Moreau, dans l’ancien pavillon des Soviets de l’exposition des Arts décoratifs de 1925, sera inaugurée une contre-exposition coloniale intitulée « La vérité sur les colonies », à l’initiative des Surréalistes, de militants de la CGTU et d’opposants au colonialisme. Le 2 décembre 1931, elle fermera ses portes.
Plaques commémoratives, Ville de Paris (ODbL), transcriptions telles que publiées.



