L’île Saint-Louis est encore en chantier lorsque, vers 1656, Charles Gruyn, fils d’un aubergiste enrichi, lui-même enrichi comme commissaire général de la cavalerie pendant la Fronde, commande une demeure quai d’Anjou. L’architecte en est Charles Chamois, qui travaille dans l’orbite de Louis Le Vau, principal bâtisseur de l’île. La façade sobre, avec son long balcon de fer doré et ses gouttières sculptées, ne laisse rien deviner. À l’intérieur, chaque surface des salons du premier étage est peinte, sculptée, dorée, et l’initiale de Gruyn s’y enlace à celle de sa femme. Quand son protecteur, le surintendant Fouquet, tombe en 1661, Gruyn tombe avec lui, condamné pour malversations.
L’hôtel tient son nom d’un propriétaire ultérieur, le duc de Lauzun, courtisan de Louis XIV célèbre pour son insolence, ses emprisonnements et son roman avec la cousine du roi, la Grande Mademoiselle. Il n’y reste que quelques années. Au XVIIIe siècle, la maison décline en logements et en ateliers, jusqu’à ce qu’en 1842 le bibliophile Jérôme Pichon l’achète et la restaure.
Pichon loue des appartements. D’octobre 1843 à septembre 1845, le jeune Charles Baudelaire, encore inédit, loge sous les combles et y dépense ce qui reste de son héritage en habits et en tableaux. Plus bas vit le peintre Fernand Boissard, chez qui Théophile Gautier et d’autres se retrouvent à partir de 1844 pour les séances mensuelles du club des Haschischins : on y mange une pâte verte au haschich, puis on écrit ce qui s’ensuit. Gautier en fait le récit en 1846, Baudelaire plus tard dans Les Paradis artificiels. La présence de Balzac, Delacroix ou Hugo est moins assurée.
Classé monument historique en 1906, l’hôtel est acheté en 1928 par la Ville de Paris, qui y donne réceptions et concerts. Depuis 2013, il abrite l’Institut d’études avancées de Paris, qui accueille des chercheurs en résidence. Selon la Ville de Paris, il est fermé au public jusqu’à nouvel ordre.
À regarder
- Le long balcon de fer forgé doré, quai d’Anjou.
- Les gouttières sculptées du XVIIe siècle sur la façade.
- La méridienne du mur nord, hors d’usage depuis le retrait de son disque percé en 1957.
- La vue sur la Seine depuis le quai, celle que Baudelaire avait depuis ses combles.

Chronologie
- 1656Charles Gruyn commande l’hôtel à Charles Chamois (1657 selon certaines sources) (date incertaine)
- 1842Le baron Jérôme Pichon achète et restaure l’hôtel
- 1843Baudelaire s’installe sous les combles (jusqu’en 1845)
- 1844Premières séances du club des Haschischins chez Boissard (date incertaine)
- 1906Classement aux monuments historiques
- 1928La Ville de Paris achète l’hôtel
- 2013Installation de l’Institut d’études avancées de Paris
Plaques à moins de 250 m
- 15 Quai D'anjou · 10 m
VERS 1645/HOTEL CONSTRUIT POUR/NICOLAS LAMBERT DE THORIGNY/PRÉSIDENT A LA CHAMBRE DES COMPTES/LOUIS LE VAU/ARCHITECTE PRÉSUMÉ
- 13 Quai D Anjou · 20 m
A.V. GEOFFROY-DECHAUME / Statuaire 1816-1892 / Directeur du Musée / de Sculpture Comparée, /habita cette maison pendant 42 ans. / Adjoint de Viollet-le-Duc , / il a restitué les grands programmes / de la sculpture du Moyen Âge, / disparue au cours de la Révolution
- 17 Quai D Anjou · 20 m
CHARLES BEAUDELAIRE / 1821-1867 / A HABITE AU TROISIEME ETAGE / DE CET HOTEL PARTICULIER / DE L'AUTOMNE 1843 A L'ETE 1845
- 13 Quai D'anjou · 30 m
ICI VÉCUT DE 1743 A 1782/HENRY_LOUIS/DUHAMEL DU MONCEAU/MEMBRE DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES/INSPECTEUR GÉNÉRAL DE LA MARINE/INITIATEUR DE L'AGRONOMIE MODERNE/ET DE LA FORESTERIE
- 15 Quai D'anjou · 30 m
CONSTRUIT VERS 1645/POUR NICOLAS/LAMBERT DE THORIGNY/LOUIS LE VAU ARCHITECTE/ACQUIS EN 1945/PAR HENRI DIGARD
- 9 Quai D'anjou · 50 m
HONORÉ DAUMIER/PEINTRE SCULPTEUR/LITHOGRAPHE/HABITA CETTE MAISON DE 1846 À 1863/HOMMAGE DE LA SOCIÉTÉ/ DES DESSINATEURS-HUMORISTES
- 9 Rue Poulletier · 50 m
HÔTEL DE GILLIER/CONSTRUIT DE 1637 À 1640,/PAR LOUIS LE VAU, PÈRE ET FILS,/POUR MELCHIOR DE GILLIER,/SEIGNEUR DE LAGNY,/CONSEILLER DU ROY LOUIS XIII
- 7 Quai D'anjou · 60 m
1642/HOTEL CONSTRUIT/POUR JACQUES BREBART/MARCHAND DE FER/SIEGE DE LA CORPORATION/DES MAITRES BOULANGERS/DEPUIS 1843
Plaques commémoratives, Ville de Paris (ODbL), transcriptions telles que publiées. 40 en tout dans ce rayon.
Sources
- Ville de Paris: L’hôtel de Lauzun, trésor caché de l’île Saint-Louis
- Bonjour Paris: Baudelaire’s Club des Hashischins, Hôtel de Lauzun
- Metropolitan Museum of Art: Hôtel de Lauzun, Quai d’Anjou (Atget)
- Wikipedia: Hôtel de Lauzun
- Wikipedia: Club des Hashischins
- Wikidata Q534938 (coordonnées, CC0)
- Base Mérimée PA00086297



