Brilliant Paris
EN

1852–1914

Haussmann et la Belle Époque

En 1853, Napoléon III nomme Georges-Eugène Haussmann préfet de la Seine, et pendant dix-sept ans les deux hommes percent des boulevards à travers la vieille ville, construisent égouts et aqueducs, plantent des parcs et, en 1860, annexent les communes situées jusqu’aux fortifications. Une bonne part de la ville que l’on voit aujourd’hui date de ces années-là. Ce parcours regarde l’époque par ses marges : ce que la ville nouvelle a construit, ce qu’elle a mis au jour, et où sont allés les artistes quand le centre est devenu trop cher.

Les chemins de fer d’abord. La Petite Ceinture, construite par étapes de 1852 à 1869 juste en deçà des fortifications, relie les grandes gares ; la ligne de Vincennes quitte la Bastille en 1859 sur un long viaduc. Toutes deux ont survécu à leur usage et sont devenues des promenades vertes, la coulée verte depuis 1993, la Petite Ceinture du 15e depuis 2013. Les rues neuves ont aussi fait ressurgir le passé : le percement de la rue Monge, à la fin des années 1860, met au jour l’arène romaine, dont la seconde découverte, en 1883, déclenche une campagne pour la sauver.

Les plaisirs anciens s’adaptent. Zola promène sa courtisane Nana sous les becs de gaz du passage des Panoramas, et en 1882 le musée Grévin ouvre ses figures de cire à côté du passage Jouffroy, qui reste animé quand d’autres déclinent. À Montmartre, colline encore à demi campagnarde de jardins et de carrières, les artistes louent des ateliers bon marché : Renoir travaille au milieu des années 1870 dans le jardin de la maison devenue le musée de Montmartre, et Suzanne Valadon s’y installe avec son fils Maurice Utrillo à partir de 1912. Dans l’impasse du Maine, aux portes de Montparnasse, le jeune Antoine Bourdelle loue un atelier en 1885 et le garde toute sa vie. Gustave Moreau, en 1895, commence à transformer sa maison familiale en musée de son œuvre.

L’époque s’achève dans la guerre. En 1911, le banquier et collectionneur Moïse de Camondo fait bâtir au bord du parc Monceau une demeure inspirée d’un pavillon du XVIIIe siècle, dotée du confort moderne, pour ses enfants. Elle est achevée en 1914. Son fils Nissim meurt en 1917, abattu aux commandes de son avion ; sa fille, son gendre et leurs enfants sont assassinés à Auschwitz. La maison qu’il a léguée au nom de son fils clôt ce parcours, rappel le plus grave de ce qui suivit la Belle Époque.

  1. Jardins et promenades · 15ePetite Ceinture du 15e Le chemin de fer qui ceinturait la ville du Second Empire, construit de 1852 à 1869, devenu une promenade sauvage sur les anciennes voies.
  2. Jardins et promenades · 12eCoulée verte René-Dumont (promenade plantée) La ligne de Vincennes de 1859 et son viaduc, devenus promenade-jardin avec des ateliers d’art sous les arches.
  3. Passages couverts · 2ePassage des Panoramas Le passage éclairé au gaz où Zola fait passer Nana, dans un roman situé en 1867.
  4. Le plus vieux Paris · 5eArènes de Lutèce Des vestiges romains découverts lors du percement haussmannien de la rue Monge, et sauvés par une campagne d’opinion dans les années 1880.
  5. Petits musées · 18eMusée de Montmartre Le jardin de Renoir dans les années 1870 et la demeure de Valadon et d’Utrillo à partir de 1912 : le Montmartre des artistes dans une seule maison.
  6. Passages couverts · 9ePassage Jouffroy Maintenu en vie à partir de 1882 par le musée Grévin, dont la sortie donne sur la galerie.
  7. Petits musées · 15eMusée Bourdelle L’atelier que Bourdelle loue en 1885 et où il travaille jusqu’en 1929, devenu musée autour de ses plâtres.
  8. Petits musées · 9eMusée national Gustave-Moreau La maison que Moreau transforme à partir de 1895 en musée de son œuvre, ouvert en 1903.
  9. Petits musées · 8eMusée Nissim-de-Camondo Une demeure bâtie en 1911-1914 pour les enfants d’un collectionneur, et le mémorial du drame familial, entre guerre et déportation.

Sources