Brilliant Paris
EN

vers 1820–1850

Le Paris romantique

Le Paris romantique a une date de naissance que tout écolier français apprend : le 25 février 1830, première d’Hernani de Victor Hugo, quand de jeunes chevelus, parmi lesquels Théophile Gautier en gilet rouge, couvrent de leurs cris les défenseurs de la tragédie classique. Cinq mois plus tard, la révolution de Juillet remplace le dernier roi Bourbon par Louis-Philippe, et pendant dix-huit ans, jusqu’à la révolution de 1848, Paris est la capitale d’une monarchie bourgeoise et d’une génération d’artistes qui se définit contre elle.

Ils vivent dans une ville encore largement médiévale dans son tracé, sombre, boueuse, sans trottoirs. Les passages couverts sont la réponse moderne : des allées marchandes sous verrière, percées à travers les îlots, où l’on flâne à l’abri de la pluie. Le passage des Panoramas, ouvert vers 1799 et remanié en 1834, la galerie Véro-Dodat et la galerie Vivienne, ouvertes toutes deux en 1826, et le passage Jouffroy, bâti au milieu des années 1840 en fer et en verre, montrent comment la formule s’est développée. À Véro-Dodat, un marchand de caricatures affichait chaque jour une nouvelle charge contre Louis-Philippe.

Les artistes se regroupent par quartiers. Au pied de Montmartre, les rues neuves surnommées la Nouvelle Athènes se remplissent de peintres et de comédiens ; Ary Scheffer y reçoit le vendredi soir, à partir de 1831, Delacroix, Sand, Chopin et Liszt, dans la maison devenue le musée de la Vie romantique. Hugo prend en 1832 un grand appartement place Royale et y reste jusqu’en 1848. Balzac, fuyant ses créanciers, loue en 1840 sous un autre nom quelques pièces à Passy et y révise La Comédie humaine. Dans l’île Saint-Louis, le jeune Baudelaire loge sous les toits de l’hôtel de Lauzun en 1843-1845, tandis que Théophile Gautier et d’autres se réunissent à l’étage en dessous pour manger du haschich et l’écrire.

Le mouvement ne s’achève pas proprement. Delacroix, son grand peintre, s’installe rue de Furstenberg en 1857 pour être près de la chapelle qu’il peint à Saint-Sulpice, et y meurt en 1863. Gustave Moreau, d’une génération plus jeune, s’établit en 1852 dans la maison familiale de la Nouvelle Athènes et porte quelque chose de l’ambition romantique jusque dans le symbolisme de la fin du siècle. Les lieux de ce parcours sont modestes pour la plupart : logements, ateliers, galeries marchandes. C’est leur charme. Ils montrent le Paris romantique chez lui plutôt que sur scène.

  1. Passages couverts · 2ePassage des Panoramas Le premier des grands passages, ouvert vers 1799, éclairé au gaz vers 1816-1817 et doté de galeries annexes en 1834.
  2. Passages couverts · 1erGalerie Véro-Dodat Un passage de 1826 où la boutique d’Aubert vendait les charges de La Caricature et du Charivari, et où vécut plus tard la tragédienne Rachel.
  3. Passages couverts · 2eGalerie Vivienne Le plus élégant des passages des années 1820, ouvert en 1826 près du Palais-Royal, où Vidocq habitait en 1840.
  4. Petits musées · 9eMusée de la Vie romantique La maison et l’atelier d’Ary Scheffer, où le Paris romantique se retrouvait le vendredi soir à partir de 1831.
  5. Maisons d’écrivains · 4eMaison de Victor Hugo L’appartement de Hugo de 1832 à 1848, ses années les plus publiques, quand le chef des romantiques entre à l’Académie et en politique.
  6. Maisons d’écrivains · 16eMaison de Balzac Le refuge de Passy où Balzac, de 1840 à 1847, révise La Comédie humaine et écrit certains de ses derniers grands romans.
  7. Maisons d’écrivains · 4eHôtel de Lauzun Là où Baudelaire loge en 1843-1845 et où se réunit à partir de 1844 le club des Haschischins.
  8. Passages couverts · 9ePassage Jouffroy Un passage du milieu des années 1840 bâti en fer et en verre, qui fait franchir le boulevard Montmartre à la foule des passages.
  9. Petits musées · 9eMusée national Gustave-Moreau La maison de la Nouvelle Athènes où Moreau s’installe en 1852, pont entre l’ambition romantique et le symbolisme.
  10. Petits musées · 6eMusée national Eugène-Delacroix Le dernier logis et l’atelier sur jardin du grand peintre romantique, de 1857 à sa mort en 1863.

Sources