Brilliant Paris
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Charles Dickens
Photo : Jeremiah Gurney, Public domain, Wikimedia Commons

1812–1870

Charles Dickens

Le Londonien qui passa des hivers à Paris, hanta sa Morgue et plaça le faubourg Saint-Antoine au cœur du Conte de deux cités.

Dickens était londonien jusqu’à la moelle, mais Paris le fascinait. Il y passe pour la première fois en 1844, en route pour l’Italie, puis y revient pour de longs séjours : à l’hiver 1846-1847, il loue une maison rue de Courcelles, et en 1855-1856 il prend un appartement sur les Champs-Élysées pour sa famille. Il fréquente les théâtres, rencontre des écrivains français, dont Victor Hugo, et arpente la ville aussi inlassablement que Londres.

Il est aussi attiré, par ce qu’il appelle une force invisible, vers la Morgue de Paris, alors petit bâtiment au bord du fleuve près de Notre-Dame, où les morts non identifiés étaient exposés derrière une vitre à la vue du public. Il en parle, ainsi que des grands dégagements de l’île de la Cité sous le Second Empire, dans les chroniques réunies plus tard sous le titre The Uncommercial Traveller.

Le Conte de deux cités, publié en feuilleton en 1859, est son roman de Paris, même s’il le situe sous la Révolution plutôt qu’à son époque. Les scènes françaises tournent autour du faubourg Saint-Antoine, quartier ouvrier à l’est de la Bastille, et du cabaret des Defarge, où une barrique de vin rouge brisée dans la rue annonce le sang à venir. Une traduction d’Henriette Loreau, Paris et Londres en 1793, paraît chez Hachette en 1861. Dickens revient à Paris en 1863 pour des lectures publiques, dont il dit le succès immense.

The wine was red wine, and had stained the ground of the narrow street in the suburb of Saint Antoine, in Paris, where it was spilled. It had stained many hands, too, and many faces, and many naked feet, and many wooden shoes. The hands of the man who sawed the wood, left red marks on the billets; and the forehead of the woman who nursed her baby, was stained with the stain of the old rag she wound about her head again.

C’était du vin rouge qui avait coulé dans cette rue obscure du faubourg Saint-Antoine, et qui avait taché les pavés, taché ces mains, ces visages, ces pieds nus. Le scieur de bois laissait des marques rouges sur les bûches qu’il prenait. La femme, qui allaitait son enfant, portait au front des taches rouges que lui avaient faites le haillon replacé autour de sa tête.

Une barrique se brise dans une rue du faubourg Saint-Antoine et tout le quartier se penche pour boire : première image du Paris révolutionnaire chez Dickens.

✓ Citation vérifiée mot à mot sur l’édition indiquée.

That is to say, Notre-Dame was before me, but there was a large open space between us. A very little while gone, I had left that space covered with buildings densely crowded; and now it was cleared for some new wonder in the way of public Street, Place, Garden, Fountain, or all four. Only the obscene little Morgue, slinking on the brink of the river and soon to come down, was left there, looking mortally ashamed of itself, and supremely wicked.

Dickens découvre que les vieilles maisons devant Notre-Dame ont été rasées par le Second Empire ; seule reste la Morgue au bord du fleuve. Aucune traduction française du domaine public n’a été trouvée.

✓ Citation vérifiée mot à mot sur l’édition indiquée.

Adresses

  1. 48 rue de Courcelles · 8e · 1846–1847

    La maison que Dickens loua pour l’hiver 1846-1847 ; plusieurs de ses lettres portent cette adresse.

  2. 49 avenue des Champs-Élysées · 8e · 1855–1856

    L’appartement qu’il prit pour sa famille en 1855-1856, d’où il écrivit à ses amis Wilkie Collins et Mark Lemon.

  3. Hôtel du Helder, rue du Helder · 9e · 1863

    Son hôtel lors du séjour de janvier-février 1863, quand il donna des lectures publiques à Paris.

Sources