1789–1799, et après
La Révolution et sa mémoire
On raconte d’ordinaire la Révolution à Paris par ses grands espaces publics : la Bastille, les Tuileries, la place où se dressait la guillotine. Ce parcours la suit dans des lieux plus petits, où ses traces sont plus intimes et parfois plus troublantes.
Il commence aux limites de la ville. Le mur d’octroi des Fermiers généraux, achevé à la veille de 1789, est haï comme le symbole du système fiscal, et en juillet 1789 ses barrières comptent parmi les premières cibles de la foule. La rotonde de la Villette, œuvre de Ledoux, a survécu ; dans la nuit du 20 au 21 juin 1791, la famille royale, fuyant sous un déguisement, y change de voiture au début du voyage qui s’achève à Varennes. Rive gauche, dans la cour du Commerce-Saint-André, Marat installe un temps les presses de L’Ami du peuple, Danton habite au n° 20, et un facteur de clavecins allemand, Tobias Schmidt, construit en 1792 la première guillotine opérationnelle. Qu’il l’ait essayée là sur des moutons relève de la tradition du quartier, non du document.
Viennent ensuite les cimetières. Louis XVI est inhumé dans le petit cimetière de la Madeleine après son exécution, le 21 janvier 1793, Marie-Antoinette en octobre, parmi quelque cinq cents guillotinés. En 1815, les Bourbons revenus font porter à Saint-Denis les restes qu’on croit les leurs et élèvent sur le lieu la chapelle expiatoire, monument au deuil royal que la Commune voudra abattre. À l’autre bout de la ville, quand la guillotine est transportée à la barrière du Trône à l’été 1794, on creuse deux fosses dans le jardin d’un couvent confisqué, à Picpus. Entre le 14 juin et le 27 juillet, jour de la chute de Robespierre, 1 306 personnes y sont jetées. Leurs familles rachètent le terrain, et La Fayette choisit d’y reposer auprès de sa femme.
À Paris, la mémoire se dépose par couches. Chaque régime honore ses morts et s’efforce d’oublier ceux des autres. Dans le cimetière de Charonne, encore un village pendant la Révolution, repose un peintre en bâtiment qui se disait secrétaire de Robespierre ; en 1897, on y retrouve les ossements de quelque huit cents hommes fusillés sous la Commune de 1871, réinhumés le long du mur. Les lieux de ce parcours ne plaident pour aucune thèse. Ils montrent la Révolution telle que les Parisiens l’ont vécue, au ras de la rue, et la diversité des façons dont ils ont choisi de s’en souvenir.
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Curiosités · 19eRotonde de la Villette (barrière Saint-Martin)
Un bureau du mur d’octroi honni, où la famille royale changea de voiture lors de la fuite à Varennes, en juin 1791.
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Le plus vieux Paris · 6eCour de Rohan et cour du Commerce-Saint-André
Le passage de l’imprimerie de Marat, de la maison de Danton et de l’atelier de Schmidt, où fut construite en 1792 la première guillotine opérationnelle.
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Curiosités · 8eChapelle expiatoire
Élevée à partir de 1815 sur le cimetière où furent inhumés Louis XVI et Marie-Antoinette en 1793 : le mémorial de la Restauration aux morts royaux.
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Jardins et promenades · 12eCimetière de Picpus
Les fosses où furent jetées en 1794 les 1 306 victimes des dernières semaines de la Terreur, et le cimetière que leurs familles créèrent à côté.
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Curiosités · 20eSaint-Germain-de-Charonne
Un cimetière de village où reposent un prétendu secrétaire de Robespierre et les restes de communards fusillés en 1871.